jeudi 21 mai 2015

ALEA JACTA EST



Que notre distingué latiniste me pardonne : 
le latin que je maîtrise est le latin de messe et celui d’Astérix.

Loin donc de Virgile ! 

Maintenant, « sans le latin, sans le latin, 
la messe nous emmerde… ».

Mais souvenez-vous, dans Astérix,
César devant un esclave d'un roux flamboyant:
- "Que fait César ?"
- "Il affranchit le rubicond".

C'est là qu'il aurait prononcé:
"Alea jacta est ".


Donc, dis-je:

ALEA JACTA EST

Toujours est-il, que ce Mardi 19 Mai, à 15 H 30, 
sous l’œil vigilant d’un policier et d’un douanier,
 nous avons largué les amarres et quitter Monastir.

A la sortie du port, nous sommes partis 
avec forte glissade de carène
(Expression qui a pour équivalent « sur les chapeaux de roues »).

22 nœuds de vent, pas dans le cul comme prévu, 
mais de travers.

La Salamandre filait bon train (7, 5 Nœuds) 
puisque 3 H 30 après notre départ, nous avions effectué le quart des 90 Milles 
qui séparent Monastir de Pantelleria. 

Mais l’inconfort de la navigation a fait réduire les voiles au capitaine.

Il est 1 H, lorsque Grand voile et Génois se mettent à faseyer.

Une voile faseye lorsqu'elle reçoit du vent sur ses deux faces.
(On prononce fasseye, allez savoir pourquoi 
le "S" entre deux voyelles a ici le son "sse"

QUID ? se demande le Capitaine.

Le bateau n’avance plus : 
diagnostic probable : 
nous sommes retenus par quelque chose qui bloque le bateau, 
un calmar géant, ou un filet de pêche…

QUE FAIRE ?


Le capitaine aux commandes vous narre.


Mercredi, 01 h (du mat évidemment), j’ai du mal à rester éveillé et toutes les dix minutes environ je me sens envahi par un sommeil profond, sursaute, scrute l’ horizon d’un noir d’encre, excepté une multitudes de point lumineux  émis par les bateaux de pêches sillonnant une large zone, et ne présentant pas de danger immédiat.

Je suis en plein dans ce minuscule espace- temps où je sombre (dans le sommeil, pas dans l’eau, tout du moins pas encore….) lorsqu’un violent  bruit de voiles me sort dare-dare des profondeurs ouatées dans lesquelles je berçais. 

Pas le temps de réfléchir aux pourquoi  et aux comment,
 le bateau est face au vent.

Immédiatement,  je pense que le vent à soudainement changé de direction, 
et que je me suis endormi un certain temps.

J’enroule prestement, avec l’aide de ma « matelote » 
(elle est bien bonne justement cuisinée….) 
génois et grand voile, en moins de deux minutes,
 et fini le branle bas sur le pont !

Place  aux pourquoi et aux comment…pas facile.
  
Car si l’urgence des voiles s’est résolue, pour ainsi dire, par réflexe, 
je suis toujours sous le coup du sommeil et mon cerveau, 
déjà pas mal endormi au naturel, a du mal à se mettre en route.

Je démarre le moteur, car je suis resté sur l’idée 
que seul un changement de direction du vent 
ait pu me mettre face au vent. 

Un changement brutal de cap m’échappe,
 car, à priori, il n’y a aucune raison ; 
l’équipage ronflait copieusement au moment des faits 
et aucune mauvaise manœuvre ne peut se faire seule.

Donc, moteur en marche, je reprends le cap; 
j’enclenche le pilote, et quelques secondes après, 
le bateau se met à tourner en rond. 
Immédiatement je pense à un filet dérivant 
qui reste encore fréquent dans certains secteurs, 
et réfléchissant difficilement, 
(nuit noire, vent  à 23 nds, creux de 1.50 mètres), 
je reste sur cette idée que nous sommes pris dans quelque chose.

De plus, je prends des repères sur ma cartographie et mon GPS… 
Nous ne bougeons pas.

Avec le vent qu’il y a, nous devrions dériver…sauf si on est retenu.

 Nous voilà beaux….

De nouveau il faut réfléchir et je demande à l’équipière  de me laisser le temps de reprendre tous mes esprits et d’analyser la situation afin d’y trouver une solution.
Réflexion faite, nous n’allons pas rester là toute la nuit à être boulégués, 
sans pouvoir dormir, sans rien tenter pour se sortir de ce pépin.

Décision prise, je vais plonger et voir ce qui se passe là-dessous.

Cette décision ne m’enchante pas vraiment, mais quand faut y aller, faut y aller.

 Je m’équipe, donne les recommandations à Brigitte.

Nous descendons  l’annexe de son portique afin de pourvoir éclairer l’arrière du bateau, je m’assure avec un bout, je relie deux lampes étanches entre-elles pour obtenir un  plus large faisceau et me voila en pleine mer, dans la nuit noire, dans des centaines de méduses…

Première expérience de ce genre, pas de commentaires particuliers, si ce n’est que mon dernier bain de minuit remonte à des décennies, entouré de sirènes dénudées, chantant et riant, me laissant un souvenir sans aucune comparaison.
 Mais passons…

Rien, absolument rien sous le bateau. Rien dans le safran.
 Rien dans l’hélice. 
Rien en apparence sous la quille que je distingue
 ou imagine plus que je ne vois.

Vous imaginez bien, qu’à ce stade, 
je ne suis pas allé faire une petite balade 
en apnée pour voir de plus près.

Je remonte sur le bateau, essaie de comprendre, mais c’est le vide….

J’ai froid : je retire les vêtements de plongée et m’habille plus chaudement, range un peu ce qui traine, bois un coup, m’assois et déclare. «  Ce n’est pas cela….. »

Alors le cerveau se met (et non se remet) en marche. 
Car jusque là, tout était flou. 
Seul un bon bain pouvait mettre de l’ordre dans mes idées.

Pas de panique, le moteur marche (lors du bain j’ai vérifié que l’hélice tourne),
 nous ne sommes pas retenus, pas de raison pour ne pas avancer.

Timidement, j’enclenche la marche avant, 
et constate que nous avançons, 
l’annexe est tirée, nous avançons…

Je me mets au cap, puis j’enclenche le pilote automatique. 
Cinq secondes plus tard une alarme retentit, 
un message en anglais doit probablement me dire 
qu’il y a un problème, 
nous changeons de cap…

Bref, le pilote ne veut rien savoir.

Ouf ! Ce n’est que cela… le pilote a un  problème, nous allons rejoindre Pantelleria  à  l’ancienne, en barrant le reste de la nuit et demain, il fera jour et j’étudierai tout cela à tête reposée.

Nous remontons l’annexe sur son portique et cap au 40°.
 J’en oublie même de remettre sous voiles, 
mais le gasoil Tunisien est si peu cher…..

Le jeudi matin, après une excellente nuit, je vide le coffre où se trouvent vérin, pompe, et moteur du pilote et je constate que le bout du vérin est désengagé de son support sur le secteur de barre.

 Le contre-écrou responsable, non serré, a été remis 
en place ; en dix minutes l’affaire a été bouclée.

Un bain pour pas grand-chose, en définitive……


§§§§§§§§§§§§§§

Ce récit ne comporte pas de reportage photos.
Vous comprenez sans doute pourquoi...


SUR LE CANAL 16



La veille permanente sur le canal 16 est obligatoire, 
et constitue une sécurité pour le navigateur.
En France, les choses sont sérieuses, 
et le canal 16 est utilisé pour appeler les CROSS 
( Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage ) en cas d’appel au secours ;
aussi pour contacter un pote, 
et dans ce cas, les potes en question 
vont papoter sur un autre canal.

« Do you read me ? »

En Italie, c’est plus folklorique : 
on y chante, on imite le canard, on discute…

Cette nuit, point de tous ces caquetages :  que du sérieux.

Un US Ship a donné une bonne cinquantaine de fois sa position,
 entre Pantelleria et Malte. 
« Nous sommes ici, et si tu t’approches trop prés, 
tu vas recevoir un obus 
qui va te conduire directement au fond ! »

 C’est ce que susurrait une douce voix féminine, 
remplacée ensuite par une voix virile qui n’avait rien de doux, 
et dont le débit était rapide. 
Si tu voulais noter la position, 
tu n’avais pas le temps d’écrire le premier chiffre de la latitude, 
que la longitude était déjà expédiée.

Armand s’est connecté au canal 16 pour lancer : 
« More quickly, your message ! »

Je lui ai demandé s’il était certain que les soldats américains 
maniaient les anti -phrases.

Je connais de bons français qui y sont imperméables,
 et pour qui l’humour au second degré est incompréhensible.

Sans doute vexé par ce trait d’esprit,
 notre soldat américain chargé des transmissions s’est tu…

Remplacé peu après par un monologue,
 puis par une conversation…en russe !!!

Nous avons supposé avoir été les témoins 
d‘un épisode d’une guerre froide larvée, 
où les seconds ont anéanti les premiers. 

Jusqu’à ce qu’une voix peu amène ordonne 
– en anglais - 
 aux russes de déguerpir du canal 16.

ESCALE TECHNIQUE


 Nous vous faisons part des résultats de l’escale technique de Monastir.

Un sac pour le solent :

Qui reste à poste, protégé des UV





Des transparents pour la capote :

Les transparents, d’origine, n’en n’avaient plus que le nom.







Une couverture pour l’annexe :



L’annexe a vu l’année dernière son caoutchouc se désintégrer.
Etonné de cette particularité sur une annexe neuve,
 Armand se rend à CABESTO et interroge le vendeur 
qui lui demande si, par hasard, 
il n’aurait pas laissé l’annexe au soleil !

Armand a acheté une annexe chinoise, 
allergique au soleil et à l’eau de mer…
D’où la nécessité de la couverture,
 qui empêchera les fonds de pantalon 
d’adhérer au caoutchouc fondant.


Sans oublier le dessalinisateur !!!

20 litres d'eau douce à l'heure !
C'est pas beau, ça ????

La Salamandre, seule sur le quai gratuit
de  Pantelleria.

























Fabrication souchonnesque: des chambres à air
servant d'amortisseur:
super efficace.

dimanche 10 mai 2015

LA FEMME COUGAR


EN AI-JE L’AIR ???


C’est le printemps !

Les oiseaux font leur nid 
dans le mat des bateaux, 
les chattes accouchent dans les lazzi-bags,
 la sève inonde les branches des arbres,
la testostérone est à son taux maximum....

Je rentrais à la Marina, 
le port altier et le pas décidé,
 après ma séance de gym chez Hedi.


Un taxi ralentit.

Au volant, le chauffeur, un très beau jeune homme, m’interpelle :

« Tu as besoin d’un taxi ? »

« Non, merci, pas besoin de taxi »

« Je me moque que tu n’aies pas envie d’un taxi, 
moi, j’ai envie de toi… »

« ………….. D’accord, j’en parle à mon mari, 
tu me laisses tes coordonnées, 
et je te contacte. »

Je ne sais pas pourquoi il a détalé comme un lapin… 

Même pas eu le temps de demander: "Kadech ?"
(C'est combien ?)

C'est le printemps....


vendredi 8 mai 2015

HA ! HA ! LA TUNISIE...

"HA  ! HA !  LA TUNISIE"

Sur l'air de "Ha ! Ha !  la p'tite Marie"
celle qui fait l' couscous, 
pendant que l'autre, derrière,
elle s'la coule douce !!!

( Si vous avez oublié ce succès de 1969,
je ne peux que vous conseiller 
d'aller l'écouter sur Internet, 
ça vaut son pesant de semoule !!! )





D E  B R I C   E T   D E   B R O C



B A L A D E   A   S F A X


A 230 Km au sud de Monastir, Sfax n’est pas une ville touristique.
 Deuxième agglomération du pays, c’est une grande ville industrielle 
et le plus grand port de la Tunisie.

Alors, qu’y faire, vous demandez-vous ?

Récupérer une vanne qui doit servir pour le dessalinisateur, 
fournie par la Société SWAGELOK, qui tient un salon à Sfax.

Armand,  après une demande de renseignements, 
est en contact avec deux ingénieurs
 (nous découvrons leur métier au salon)
 qui peuvent fournir la pièce recherchée.

Comme il n’y a pas de train direct, nous utilisons le louage.



Toujours balayer devant sa porte.

Près de la station de louage....

...quelques exemples de l'art monastirien.



J’ai évoqué, pour notre balade à El Jem, 
l’année dernière, ce mode de transport.

R E C A P I T U L A T I F  :

Tu fais ton testament la veille.
Tu fais ta prière avant de partir.

Sur le pare-brise avant, une inscription : 
ALLAH 
(Celui qui est Grand)



E N   B R E F   :

Tu arrives vivant, c’est la Volonté d’Allah.
Tu arrives mort, c’est aussi sa Volonté !


Nous avons compris qu’Allah est un bon prétexte 
pour faire toutes les conneries possibles.

Surtout en voiture ; 
et nous avions, à l’aller, un conducteur hyper actif.

Et je bois un café, et j’avale une gorgée d’eau, 
et je téléphone, et je rebois un coup, 
et je regarde dans le rétroviseur si j’ai bonne mine, 
et je réponds au téléphone, et je dépasse sans, là, 
regarder les rétroviseurs,
et je change la batterie des téléphones 
( deux téléphones, un pour recevoir les appels, 
et l'autre pour appeler ??? )...



  
...et je mets la musique, 
et je branche les lampions qui clignotent 
au rythme de la dite musique, et je re-rebois …et…


S U R   L A   R O U T E  :





Anachronisme, non ?



Autre exemple d'art.

Les paris sont ouverts, pour savoir si, un jour, ce sera habitable.




















Les haies, pour atténuer le vent.


Nous avons été un peu plus rassurés sur les 110 Km 
d’autoroute parcourus.
 ( 3,90 dinars le parcours ! )

Ce matin, Allah n’avait rien à nous reprocher, 
notre Karma était positif, 
alors, nous sommes arrivés à bon port, 
naviguant en force dans les giratoires, 
où c’est le plus agressif qui passe ; 
remontant les files de voitures en franchissant, 
sans vergogne, la ligne continue ; 
dépassant dans les tournants…
la normalité, quoi ...


La vanne récupérée, le jus de fruit offert bu, 
la discussion avec nos deux sympathiques ingénieurs terminée,
 nous prenons la direction de la Médina, 
après un poulet-frites-salade dans une gargote.






Dédale de rues étroites.
Heureusement qu'Armand possède un GPS intégré.

Armand, toujours intéressé par les métiers d’artisanat traditionnel, 
fait le tour des couturiers, des fabricants de chaussures…

Un fabricant de chaussures, 
(avec lequel - un comble ! - nous devisons en italien)
voyant notre intérêt, nous fait l'honneur de son atelier.










Les souks vendent uniquement aux autochtones : 
pas vu le moindre européen, en dehors de nous.



Murailles de la Medina.




Les salines, non loin de Monastir














Le retour s’effectue sans histoire ni terreur :
 le chauffeur conduisait bien…

Dieu l'a voulu !




mercredi 22 avril 2015

M O N A S T I R

DE  RETOUR  "AU  PAYS"


Après avoir parcouru 600 milles,
soit 1 111 Km
depuis Toulon,
nous nous sommes amarrés 
dans la Marina de Monastir,
ce Mercredi 22 Avril.

(Avec eau et électricité !) 

Le repos sera salutaire.

Joie de revoir Sabrina et Fabio,
Najwa et Jean-Yves.


Merci de vos messages,
qui font que nous nous sentons 
encore plus proches de vous...

Se termine ici la première partie 
de nos voyages.

Quelques travaux à faire faire sur la Salamandre
(dont le dessalinisateur !) 
devront nous prendre quelques semaines.

Pour le reste, comme on dit ici:
Inch'Allah !!!!

Vendredi, je vais au souks....

mardi 21 avril 2015

MARINA YASMINE HAMMAMET


Mardi 21 Avril


Nous avons fait suffisamment d’exploits hier,
 pour ne pas avoir le désir d’effectuer d’une seule traite 
le retour vers Monastir, lequel nous demanderait 
de parcourir autant de Milles.

Et puis, il faut nourrir la Salamandre en gas-oil.
(0,75 € le litre)

Arrêt dans

UNE VERITABLE MARINA

Avec eau et électricité.

Quel luxe de prendre une douche chaude 
et de ne pas faire la vaisselle à l’eau de mer, 
de ressortir la plaque à induction
pour avoir rapidement de l'eau pour le thé...

Je constate que je reste une petite bourgeoise réactionnaire : berk !

Quant à la Marina, rien à dire : 
c’est net, c’est propre, c’est européen, 
loin de la vieille ville d’Hammamet et de la Tunisie.

Cela fait un peu dongier ! 
(Mot que seule ma cousine Marig saura traduire). 
Le reste des lecteurs n’a qu’à deviner !

En bref, si la « Marina » de Bizete 
a été le sujet d’un « reportage », 
celle de Yasmine Hammamet ne pas me causer
 un quelconque mal tête
 pour alimenter mon (merveilleux) blog.



Vous aurez peut-être quelques photos, selon notre heure de départ.


La nuit va être bonne : pas de risque de dérapage d’ancre, pas de houle, pas de bruit…



Demain, direction Monastir…