jeudi 6 septembre 2012

MONASTIR, ENFIN ....




Depuis trois jours, à PANTELLERIA, nous courons de l’ouest à l’est, puis de l’est au sud, puis nous recommençons,  et finissons par nous lasser. L’avantage d’une île est qu’il  y a toujours un coté abrité du vent, mais pas forcément abrité des vagues. Aussi faut-il constamment chercher, sans toujours véritablement trouver le meilleur endroit. Les logiques de nous autres pauvres mortels, ne sont pas toujours celles de nos dieux EOLE, POSEIDON, voir ZEUS en personne, alors nous tournons, nous cherchons, et le résultat n’est pas forcément au bout de notre quête. Bref, les nuits blanches de crainte d’un mouillage qui lâche, les vents tournants en pleine nuit, qui transforment en lessiveuse le bateau, juste pendant une petite demi-heure, le tout étant le résultat d’une météo capricieuse de fin d’été, et qui donne l’alerte… Il est temps de penser au retour.

 Ajoutez à cela, des zones non couvertes par internet qui nous privent des prévisions météo, nous faisant découvrir ce qu’étaient les navigations d’autrefois : le nez au vent, l’observation des nuages, de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs volumes, de leur altitude… Les plus érudits vous parleront de stratus, cumulonimbus, altomachinbus et de toute la famille  en … bus, qui se déplacent très très vite, nous laissant seuls et dubitatifs devant un baromètre pas toujours précis, à force de lui tapoter dessus à la manière des pionniers de l’aviation ...

Puisqu’il est temps de penser au retour, pensons-y, pensais-je  !!!  Muni des dernières informations météo pas très fraîches, enregistrées deux jours auparavant, je déclare à  tout l’équipage, c’est-à-dire à Brigitte :  « C’est demain matin qu’il faut lever l’ancre, et ce sera à cinq heures !!! » La décision venant d’être prise, les  ordres fusent, et l’organisation du bord pour une traversée en vue d’un autre continent se fait illico. Bon, il est vrai que pour changer de continent, nous n’aurons qu’à parcourir 45 MN ( 90 Km ), à peu près 08 H 00 de route. Ce n’est pas ma mer à boire !!!  Et pourtant…..

Je réunis l’équipage au complet et explique la route, les allures, et mes estimations pour cette navigation. Nous serons au portant avec 10 NDS  ( 20 Km/h ) de vent, puis nous traverserons une zone de calme durant une bonne heure environ, et nous devrons certainement marcher au moteur durant ce temps, puis à l’approche de KELIBIA, le vent de travers forcira jusqu’à 15 NDS ( 30 Km/h ), ce qui nous fera arriver plus tôt !!! Tout est au poil.

Dimanche 05 H 00, le réveil sonne. La nuit a été bonne, et c’est en relative bonne forme que nous levons l’ancre après un petit déjeuner rapidement avalé. Une légère brise souffle de nord-est, nous établissons génois et grand- voile, et nous voilà partis pour une formalité nautique de 45 MN. Nous contournons île de PANTELLERIA par l’ouest et filons plein ouest pendant deux heures, quand la brise disparait. Le moteur mis en marche, j’en profite pour contrôler les deux canes à thon installées sur le balcon arrière. Une demi-heure plus tard, c’est parti…. le moulinet chante, le fil s’étire, la cane à pêche plie, bref un poisson de belle taille est pris à l’hameçon. Pas d’affolement… Je m’équipe, je dégage la zone dans laquelle je vais travailler la bête, la gaffe est  prête. Au préalable, j’ai réduit la vitesse du bateau, réglé le frein sur le moulinet, ne reste plus qu’à remonter ce poisson, faire la photo, le découper en filet, le mettre au frais, et attendre le moment de calme pour le déguster.

Pour les assidus du blog, je ne leur referai pas le coup de la peau de l’ours, bien que  les circonstances suivantes m’y pousseraient presque…..
 Toujours est-il qu’au moment où je m’installe confortablement pour engager une lutte sans merci avec la bête bourrée de phosphore, et déclare, en prenant la canne à deux mains :  «  A  nous deux mon petit ! ». ………..Oui, oui, vous l’avez déjà deviné… Il n’y aura pas de lutte sans merci, pas de photo, pas de filet de thon, ( à part en boite, peut-être ), rien de tout cela…  Lorsque je prends la canne à deux mains, disais-je….plus rien au bout… Aller je vous le confirme : «  Mais quel pêchaillon je fais ! »

 Avec tout cela, car l’histoire du thon a pris au total trois bons quart d’heure, nous avons fait route, et avons peu surveillé  notre environnement, à part un tour d’horizon rapide pour s’assurer d’aucune présence de cargo ou autre danger ; le vent s’est levé légèrement, mais contre toute attente, de face, puis au près bon plein , nous permettant de rétablir la voilure et de stopper les machines.

Cette fin d’été propice aux vents changeants, je ne suis pas inquiet, pensant que le vent va encore tourner et revenir au portant, conformément aux prévisions météo. Hélas, plus nous avançons, plus le vent monte, pour atteindre 25 NDS ( 5O Km/h ) . Nous sortons les harnais de sécurité. Bien sur, nous avons réduit la voilure en conséquence, mais alliée au vent, la mer se forme et nous commençons par être secoués. Nos observations ne  nous  conduisent pas à l’optimisme, ayant remarqués depuis un bon moment sur l’horizon, une masse nuageuse gigantesque, noircissant au fil des milles et ayant peu de chance d’être évitée, vue la direction du vent. Le seul coté positif, est que nous nous trouvons à une quinzaine de milles ( 30 Km ) de notre point d’arrivée, mais dont nous ignorons la configuration exacte et les emplacements prévus pour les arrivées mouvementées.

Nous réduisons encore la voilure, le vent monte, nous réduisons la voilure, le vent monte, nous sommes à plus de 30 NDS ( 60 Km/h ) de vent, la mer est forte, les nuages sont là, ils noircissent ; nous gîtons excessivement, les hublots latéraux sont totalement immergés, de plus je ne peux plus réduire, sinon me mettre à sec de toile. Nous entrons dans la tourmente, le ciel est devenu sombre et d’un seul coup la pluie se met tomber avec force, effaçant l’écume du haut des vagues, et nous nous retrouvons devant des murs d’eau, du ciel et de la mer. L’anémomètre affiche 41 NDS ( 80 Km/h ).  J’estime, dès lors, que cette situation et ces conditions ne seront pas supportables très longtemps, et n’imagine même pas la possibilité d’atteindre  le port de KELIBIA, et encore moins d’y faire une entrée sans prendre de très gros risques, tant physique que matériel. La décision est prise, je me mets en fuite, ( passer du vent de face au vent  arrière ) et je mets cap au sud. Le moteur est remis en route pour un peu de confort et pour aider le pilote de tenir ;  j’augmente un peu la surface de grand voile, et nous nous retrouvons très vite  dans un  confort relatif, marchant à plus de 8 NDS (16 Km/h ). Petit à petit, la pluie diminue, nous sommes trempés jusqu’aux os, n’ayant bien évidemment pas prévus d’avoir à portée de mains  les vêtements de pluie. Le vent diminue aussi de force, la mer s’aplatit, et bien que toujours dans cette masse de nuages gris, les conditions s’améliorent, et nous sortons du pire. Nous mettons des vêtements secs, puis une fois le point GPS fait, nous retraçons une route au sud qui nous mènera à MONASTIR . 

 Les conditions sont  meilleures, nous rétablissons le génois,  et bien que traversant encore une fois un orage, sans aucune comparaison avec le précédant, nous gardons le cap. C’est ainsi, que partis pour une formalité nautique de 45 MN, nous parcourons 1O2 MN ( 200 Km ), et nous arrivons, un poil épuisés, à 00 H 10  au port de MONASTIR . Notre intention de longer la cote par le chemin des écoliers ne s’est pas réalisée et attendra une autre année…. INCH ALLAH !

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